Le temps d'écrire

Sylvie Gier - Ateliers d'écriture à Lyon et Villeurbanne - contact : sylviegier@gmail.com

Ecrire, c'est se saisir du réel. Le toucher, l'étreindre, l'épuiser. Le résumer, le dilater. Faire ressentir d'un seul mouvement ce qui n'est qu'à nous et ce qui est à tous...




mardi 4 décembre 2018

Séances découverte atelier d'écriture jeudi 13 et jeudi 20 décembre à Villeurbanne


Les ateliers d'écriture vous intéressent mais vous avez envie de tester avant de vous inscrire ?
Venez participer à une séance découverte le jeudi 13 ou le jeudi 20 décembre, de 20h à 22h, dans les locaux de l'association La Miete (150, rue du 4 août 1789 à Villeurbanne - Métro : Flachet).




Gratuit, sur réservation.
Inscription : par mail sylviegier@gmail.com / ou téléphone : 06 60 81 09 74

Ces séances gratuites sont proposées dans le cadre de l'ouverture prochaine d'un semestre d'atelier d'écriture régulier en soirée, un jeudi sur deux de 20h à 22h
Tarif : 150 € - début de l'activité le 10 janvier 2019.



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jeudi 29 novembre 2018

Atelier d'écriture lyon et Villeurbanne - "Carnet de voyage"


Un atelier pour :
rassembler les éléments d'un voyage, comme les pièce d'un puzzle, collecter les mots, assembler les phrases et accueillir un objet imposé qui changera - peut-être - l'itinéraire !

Avec, au moment de la lecture collective, une lecture en partage : 
Un extrait du recueil de poésie Va où, de Valérie Rouzeau (Le temps qu'il fait, 2002). 



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Vive la chute du mur de Berlin, vive la fin de la guerre froide, vive les évènements de novembre 1989.
Vive les trois, ils vont, enfin, me permettre de retrouver le lieu de ma naissance, la maison, la ville, la région.
Ils vont, enfin, me permettre de fouler cette terre si souvent évoquée par maman, si souvent décrite, si différente de la région Rhône-Alpes.
C’est une terre de landes, de lacs, de forêts, de tourbe, de mares, de chasse, d’espaces plats et monotones. Mais si exceptionnelle a dit Schiller que Dieu l’aurait créée en premier.
C’est loin, où je suis née. Il faut atteindre la mer Baltique.
Mer Baltique aux immenses plages de sable fin, aux belles stations balnéaires du 19ème siècle, aux longues jetées.
Nous sommes en août , le ciel est bas, la mer est grise. Il pleut.
Quelle tristesse, quelle lamentation, la ville que je veux glorifier, est, comme toute l’ancienne Allemagne de l’Est, la proie des pelleteuses, des bulldozers, des grues et autres engins qui démolissent, broient, creusent, éventrent. Heureusement toute cette activité négative va être remplacée sous peu par une activité positive.
Il faut abandonner la voiture et avancer à pied avec pour guide un plan tracé à la main.
Je veux retrouver la maison où j’ai vécu jusqu’à l’âge de 7 ans, les immenses  bâtiments où s’entassaient le blé, l’orge, le seigle, les tonneaux de mélasse. Mon père était courtier en grains.

La belle maison aux nombreuses et grandes pièces a été transformée en piteux appartements collectifs, les bâtiments baillent aux quatre vents. Les Russes emportaient immédiatement les récoltes vers la Russie.
Trouverons-nous au détour d’une rue, peut-être, une trace de la période heureuse où cette petite ville était pimpante et prospère?
La gare ne reçoit plus la Mollie, ce petit train désuet mais si charmant qui emmenait les villageois à la mer.
J’aperçois dans une échoppe faiblement éclairée, une silhouette voutée. Un très vieux cordonnier, dans une très vieille cordonnerie, avec de très vieux outils, essaie de redonner vie à de très vilaines chaussures. Il est surpris par notre entrée et nous regarde méfiant et peureux. Je le rassure tout de suite et lui explique l’objet de ma requête: Aurait-il connu mon père? Son visage s’éclaire: oui, il se rappelle de cet homme grand, respectueux, riche mais juste, travailleur et bon. Il raconte la descente aux enfers de la petite ville abandonnée à la décrépitude, à la monotonie générale  de la vie.  Pourra-t-il voir à nouveau sa petite ville fleurie, riante, propre? Son visage s’illumine à cette pensée.

Je suis bouleversée, la pression est trop grande, je tremble sous cette pluie, je me bats avec le vent, je navigue à vue les larmes aux yeux; il me faut respirer un air frais, fleuri, léger. Où le trouver? Je ne veux rien de cette bourgade, je veux m’enfuir, je veux le sourire et la joie. N’ai-je pas emporté un peu d’huile essentielle dans un flacon décoré d’une fleur de magnolia?
Agréable secours. Trois gouttes sur mon mouchoir suffisent à me redonner des couleurs.

Nous retrouvons notre voiture et quittons cette désolation passagère. Je reviendrai, j’attendrai la renaissance de ce qui fut mon berceau.
Nous sommes en 1990, deux ans après la chute du mur de Berlin.

Je suis retournée à Kröpelin en 2014.
La maison est joliment habitable, le jardin  est entretenu, les greniers ont été transformés en magasin de meubles, en restaurant.
La réhabilitation a gardé la structure intérieure, trois niveaux aux poutres vernies. Dans un coin, des poulies et un monte-charges sont les témoins de ce que fut cet immense entrepôt; un lieu actif qui rappelle le dynamisme du commerce et des échanges.

Anne-Dorothée
(Atelier d'écriture à Lyon - PLVPB / 2018)



8 Janvier 2004. Aéroport de Francfort.
La salle d’embarquement et pleine à craquer. Mais c’est à peine si je fais attention à mes futurs compagnons de voyage. Mon regard est hypnotisé par les mouvements du ciel. J’observe l’amoncellement rapide et angoissant de nuages de plus en plus noirs au-dessus du tarmac. C’est un orage qui se prépare. Nul besoin d’un bac+5 en météorologie. Mes mains tremblent, les familières palpitations entament leur ritournelle. Pas de doute, j’ai peur. Une trouille bleue, même. Je n’aime pas l’avion. Je ne veux pas monter dedans. Mais comme de bons petits soldats, mes pieds se dirigent vers le sas à l’appel de l’hôtesse.
C’est à peine si j’entends le « Welcome on board » du steward à la barbe trop bien taillée. Je me dirige tel un zombie entre les sièges molletonnés, le long de ce couloir exigu qui n’offre aucune échappatoire. L’odeur si particulière des avions me prend à la gorge : mélange d’atmosphère confinée et de repas en barquettes.
Je prends place à côté d’une vieille dame, toute en rides et chignon bien ordonné. Elle a l’air encore plus paniquée que moi. C’est dire. Tout le monde est installé. Le steward s’approche de moi. Il a du voir mon air catastrophé, c’est évident. Il vient m’évacuer.
Contre tout attente, il me demande si j’accepte de changer de place pour laisser la vieille dame effectuer le vol à côté de son vieux mari. Je bredouille un semblant de « Yes » et me retrouve à nouveau dans l’affreux couloir. On m’assoit cette fois à côté d’un grand type flegmatique, à l’air plutôt sympathique.
C’est alors qu’une hôtesse se poste devant moi, sourire radieux, bouteille de champagne à la main : «  Pour vous remercier d’avoir changé de place, Madame ». Moi qui ne gagne jamais à la loterie, j’oublie un instant les nuages noirs et me dis que peut-être, ce voyage ne s’annonce pas si mal. A peine ai-je le temps d’apprécier la fraîcheur de la bouteille entre mes mains, que le terrible engin se met en branle.
Position devant la piste de décollage, accélération, corps collés aux sièges, silence de mort dans l’avion ; nous quittons le sol.
A peine cinq minutes se sont-elles écoulées que les premières secousses surviennent. Brutales, sèches, de plus en plus violentes. J’ai l’impression qu’on rentre dans des murs, à droite, à gauche, devant, derrière. Je m’accroche au siège, je ferme les yeux. Mais quelle idée d’avoir choisi d’étudier à l’étranger. Personne ne m’y forçait. J’aurais pu aller à Paris ou ailleurs. J’extirpe de ma poche le portrait de feue ma grand-mère qui m’accompagne toujours, apaisant, détaché, comme un gri-gri réconfortant. Mais l’acidité de la transpiration de mon voisin chatouille mes narines et m’angoisse à nouveau. Il est inquiet, c’est sûr. Je l’observe, essayant de décrypter la moindre de ses réactions. C’est alors qu’il se tourne vers moi et me lance, dans un anglais aux fortes intonations germaniques : « Vous n’allez peut-être jamais pouvoir la boire, cette bouteille ! ».

Aurélie
(Atelier d'écriture à Lyon - PLVPB / 2018)





lundi 19 novembre 2018

Atelier d'écriture Lyon et Villeurbanne - "Territoires imaginaires"


Un atelier pour : 
inventer ensemble un territoire imaginaire, un lieu qui n'existe pas, une u-topie.

Avec, pour démarrer la séance, une lecture en partage :
quelques pages de "Je vous écris d'un pays lointain", extrait de Lointain intérieur de Henri Michaux (1937).




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Un coin de paradis

C'est un village perché au sommet de la montagne. Tout là-haut. Un village atypique, unique en son genre. Pour le découvrir, on marche des heures sur un sentier étroit et rocailleux mais bien tracé. D'un pas lent et régulier, on grimpe sagement. On traverse une forêt de sapins majestueux et d'un vert sombre. Une épaisse mousse humide tapisse le sous bois. Du velours. Il s'en dégage une bonne odeur de champignons.
On grimpe toujours et la végétation se fait plus rare. De ci, de là, un lac de couleur bleu ou vert au gré de la lumière nous fait un clin d'oeil. Parfois une petite charrette tirée par un âne nous presse le pas. On la laisse poliment passer. Mais où va t-elle ?
Et un peu plus loin un petit tas de crottin frais d'une odeur aigrelette attire une nuée de coccinelles. On grimpe et on grimpe encore sur ce sentier qui serpente.
Enfin nous voilà arrivés au sommet. Et là, on aperçoit un lac. Tout autour de ce lac, de jolis chalets. Tous identiques et bien ancrés dans le sol sablonneux. On dirait qu'ils se donnent la main pour former une ronde. Les  balcons sont décorés de magnifiques géraniums de toutes les couleurs et bien fleuris. Le reflet dans l'eau calme du lac rend le paysage encore plus féerique. De plus près, on remarque que chacun porte un nom gravé sur une planchette de bois verni. On peut lire « mon paradis » ou « ma biquette » ou encore « Martin », faisant allusion à l'âne.
Mais le plus cocasse, c'est ce chalet sur pilotis, planté là, au milieu du lac. En chef de village. Plus beau. Plus haut. Il en impose avec son joli clocheton. A son pied, une barque attend près d'une échelle en corde tressée.
Une légère brume caresse le lac. Tout est calme. Cela donne l'impression qu'il n'y a pas âme qui vive. Sauf dans un enclos, attachée à un piquet, une chèvre toute blanche broute de l'herbe recouverte de rosée. Est-ce la chèvre de M. Seguin?
Puis de petites notes au son bref s'échappent du clocheton et viennent rompre ce silence. Il est huit heures. Au loin, une marmotte dressée sur son rocher recouvert de lichen gris lance un cri strident pour avertir de l'arrivée d'un intrus. Le soleil sort de sa cachette.
Et le village encore endormi, ce coin de paradis, se réveille tout doucement comme dans un rêve.


Marie-Claire
(Atelier d'écriture à Villeurbanne - La Miete / 2018)



Périple

Il était parti seul et avait suivi les quelques instructions de l’homme au regard d’oiseau et à la parole rare qu’il avait interrogé dans l’auberge bruyante où il avait fait halte après un voyage en train interminable. Il eut peur tout à coup de s’être trompé et scruta l’horizon qu’il devinait derrière la poussière jaunâtre s’élevant du sol.
Il fut rassuré en apercevant à quelques mètres devant lui, une tortue gigantesque dont la carapace ébène et luisante, laissait dépasser des pattes couvertes d’écailles. Elle semblait le fixer de ses yeux morts. Il eut un sursaut quand elle bougea sa tête minuscule.
Le silence fut troublé de cris brefs et stridents. Il leva la tête. De grands oiseaux sombres aux ailes gigantesques décrivaient des cercles dans le ciel. Il courba les épaules. L’air sentait le soufre. Un coup de tonnerre roula dans le lointain. Une marmotte ébouriffée dont les bajoues flottantes entouraient deux dents jaunâtres sortit d’un petit monticule de terre asséchée pour disparaitre aussitôt, après avoir émis un cri plaintif. Il ne sut si elle avait eu peur de l’orage ou avait senti l’odeur de l’étranger.
Un raclement sur le sol sur sa droite lui fit tourner la tête et il aperçut des cabanes aux auvents délabrés sous lesquels attendaient quelques bourricots placides au bout de longues cordes tressées de paille. Il s’approcha et distingua des bosses incrustées dans les murs épais faits de troncs bombés agglomérés. Il pensa à de gros coquillages, incongrus dans ce paysage aride. En avançant, il comprit que c’étaient des carapaces de tortues ternies par l’âge. Quelques grandes plumes raides et noires jonchaient le sol craquelé. Il poussa sans conviction, la porte entrebâillée devant lui qui émit un sourd grincement et fut surpris par les senteurs humides et acres qui vinrent emplir ses narines. Il eut envie tout à coup de soupe odorante et chaude, de feu crépitant, de coussins profonds où il aurait pu se blottir. Mais il devait continuer malgré sa fatigue. Il était parti depuis l’aube et n’avait presque plus d’eau dans sa gourde. La nuit allait tomber. Il revint sur ses pas.
Quelques arbres rabougris qu’il n’avait pas remarqués jusqu’alors semblaient statufiés dans une attente sans espoir, comme vidés de leur sève. Il reprit sa route.
Il se tordait parfois les pieds sur la roche qui affleurait par endroit ou une racine, vestige d’une végétation depuis longtemps disparue. Il sut qu’il était dans la bonne direction en découvrant derrière une butte dénudée, un aigle en pierre aux ailes déployées qui montait la garde devant un chemin escarpé jonché d’éboulements, qu’il commença à gravir.
Il imagina le plateau herbeux et balayé par les vents que lui avait décrit le voyageur mystérieux, en réponse à ses questions. Il savait que sa quête s’arrêterait là, dans cet endroit d’avant et d’ailleurs où l’aigle descendait sur terre pour transmettre aux hommes les secrets de la vie, où les tortues montaient la garde devant l’antre des trésors de la Terre.



Geneviève
(Atelier d'écriture à Villeurbanne - La Miete / 2018)




Cher Docteur P. , psychologue

Je vous écris d'un pays lointain, qui est mon inconscient.
Comment faire pour m'en approcher et le faire mien ? Il est détaché de moi, je ne le contrôle pas. Il est dans la pénombre, peuplé de bibelots encombrants, représentant mon passé.
Brusque envie de tout jeter, d'éclairer à la lumière du jour ce territoire, de l'aérer, de le remplir peu, mais de bonnes et belles choses.
Voilà quels sont mes désirs, cher docteur P.
Saurez-vous m'aider ?

Maryline
(Atelier d'écriture à Villeurbanne - La Miete / 2018)







Medusa

Medusa est une île totalement plate composée d'une alternance de roche, de sable et de bosquets d'arbres touffus, avec ça et là de très grands puits de plusieurs mètres de profondeur.
Le grand vent qui souffle en permanence est surprenant au début. Il tranche avec le silence profond que l'on peut atteindre au fond des puits. Là, seul le tic-tac de mon coeur fend encore l'air.
C'est la deuxième fois que je viens ici et j'ai immédiatement retrouvé la sensation si rare d'être hors du temps. Pas d'hôtel, pas de camping, pas de location de vacances. D'ailleurs, sur la plage, les masures s'écroulent lentement, érodées par le sable. Juste trois mètres carrés au fond d'un puits, dans lequel je suis descendu par une plaque de bois retenue par une poulie avec un masque de terre séchée sur les yeux.
A cette profondeur, plus de cri de mouettes rieuses, plus de parfum entêtant de chèvrefeuille, de genévrier  ou d'algues mouillées. Juste la profondeur d'un gouffre. Redevenir coquillage.


Sylvie
(Atelier d'écriture à Villeurbanne - La Miete / 2018)




La planète abandonnée

La lune mensuelle se couche déjà derrière l’arbre à fleur unique. La floraison ne dure que quelques heures.
Éphémère.

Le soir de lune, des lézards bleus prolifèrent sur le sable rouge.
Des enfants, sortant des rares maisons en pierres sèches, aux murs lézardés par le temps s’amusent  à les poursuivre jusqu’à leur cachette sous les rochers.

Des moutons de sable lèchent les broussailles.
Ils attendent d’être attelés à de petits chariots brinquebalants.
Le piétinement de leurs sabots noirs dévoile de très longues racines qui tissent, courent, et glissent vers une recherche vaine.

Des empreintes d’animaux furtifs, inconnus, marquent d’un rouge plus profond le sol aride. Faisant naître l’idée d’un ailleurs.
Hospitalier.

Le bruit du glissement du sable sec sur les pierres emplit l’air qui bouge dans la chaleur.

Une espérance de pluie qui tombe à seau, d'odeur humide, de parfum de sous-bois, un regret de cours d’eau murent les enfants dans le silence.


Marie-Rose
(Atelier d'écriture à Villeurbanne - La Miete / 2018)

 





Au royaume de la chaussette

Un chemin pierreux à travers les alpages. Où va-t-il ? Les edelweiss s'inclinent mais ne renseignent pas le randonneur. Il marche à pas lents, réguliers. 

Sur les rochers, se perchent quelques chèvres insolentes. Quand elles ont bien sauté, elles viennent brouter des chardons bleutés. Une buse fait des cercles gracieux dans le ciel limpide. On entend au loin le bruit des clochettes d'un troupeau et la voix du berger qui pousse les bêtes dans l'enclos. 

Le chemin poursuit sa course parmi les rocs et les fleurs sauvages. Au détour suivant apparaît une maison de pierres sèches au toit de lauzes. Une abeille minuscule se pose sur le fil d'un étendage tiré entre deux piquets. Le jus de chaussettes rouges arrose la prairie. Ben oui, ça sent le jus de chaussette ! Une chaussette bien lavée donne un jus frais. La buse adore ça, l'abeille aussi.Un jus désaltérant, du miel au jus de chaussette ! Et la maîtresse aussi apprécie, qui file la laine avec la quenouille sculptée en d'autres temps par son fiancé et qu'il lui offrit pour leurs noces. Elle file, elle file la quenouille. 

Avec la laine, maîtresse Jeanne tricotera des chaussettes, de vraies chaussettes de montagne chaudes et épaisses qu'elle offrira au randonneur de passage.


Jacqueline
(atelier d'écriture à Villeurbanne - La Miete / 2018)






Civilisation ancienne

Je vous écris d'un pays lointain où le temps semble s'être arrêté et qui pourtant, comme par caprice, tressaute et veut repartir. On a vécu ici. Quelques ruines d'une civilisation ancienne subsistent. Mais surtout, le climat aride, torride, ce soleil qui vous tabasse tel le marteau sur une enclume, témoigne de puissants dérèglements  dont l'homme semble être la cause. Le sol est rose. Un jardinier berserk s'est acharné à le retourner. Il a tracé des chemins de cailloux, tatouant la terre de petits cœurs blancs en un maillage cartographique.
Dans les poches creusées, le miracle de la vie s'est accroché. Une multitude de souris grouillent, traversant des chemins en se tenant par la queue, au milieu du foisonnement des lianes vertes couvertes de fleurs translucides.

Sabine
(atelier d'écriture à Lyon - PLVPB / 2017)




Disparition

A votre réveil, vous avez dû constater ma disparition. Je vous écris maintenant depuis ce pays étrange et lointain, si fréquemment imaginé par ailleurs et ce, non sans crainte. Ici il n'existe pas d'oscillation de température, les mots qui sont en quelque sorte l'enveloppe de l'âme sont superfétatoires, aussi serais-je peu disert. Rien n'est substance, tout est magma, grumeaux originels, l'indifférenciation qui nous caractérise ici rend toute individualité puérile. Je vous écris de ce fait au nom de tous les miens et par extension, au nom de tous les vôtres. Nous sommes cette armée innombrable et anonyme, cette grande muette peuplée uniquement par les absents. Sous ma plume, il y a le sourire envolé du grand-père sur son lit de mort, la crispation de son visage au moment où sa puissante main devenue si fine relâche progressivement le drap, le cri bestial de votre arrière-grand-tante lorsque son fils meurt piétiné sous les sabots du cheval de trait, cette jeune femme dont vous ne soupçonniez pas l'existence, morte en couches emportée par la peste noire qui s'était abattue sur l'Europe, cet homme poignardé par son propre frère alors que ce dernier partait le dénoncer à la Gestapo et dont les traces de sang sont restées imprégnées sur le carrelage de la cuisine malgré les tentatives de nettoyage successives... Et j'en passe des millions d'autres dont l'écho de plus en plus distant  a désormais disparu irrévocablement. Ces existences sont similaires à ces étoiles dans le ciel dont la lumière vient paradoxalement témoigner de leur absence, leurs éclats brûlent un temps dans nos souvenirs avant de s'évanouir à leur tour dans un cycle infini. Puissiez-vous lorsque votre moment viendra perpétuer cet écho depuis les soubassements de ce pays lointain d'où il y a un instant encore je vous écrivais. Affectueusement vôtre. M.

Grégory
(atelier d'écriture à Lyon - PLVPB / 2017)






La Terre à Délices

Je vous écris de ce pays lointain. Il m'a fallu plusieurs jours de vol pour arriver dans ce pays dont il est question dans le très renommé atlas de Pierre Loti, un pays où se trouve le village "Terre à Délices". 
Là-bas, tout est fait en sucreries, gâteaux de toutes sortes, bonbons, glaces. Quand on parcourt les rues, on sent de délicieuses odeurs de chocolats, pains d'épices, fruits exotiques. les maisons sont décorées avec des bonbons multicolores. Partout des couleurs douces, pastels dans des tons roses, bleus, verts. On croit rêver.
Mais bien sûr, il est interdit de goûter à quoique ce soit, cela détériorerait le site gastronomique de "Terre à Délices", ouvert aux seuls touristes pour le plaisir des yeux.

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jeudi 8 novembre 2018

Atelier d'écriture Lyon et Villeurbanne - "Dans mon arche"

Un atelier pour :
Imaginer être à l'arrière d'un bateau, en partance pour un pays inconnu.
Dans l'univers que nous quittons, par quoi voulons-nous être accompagnés ?
De cet inventaire, naîtra un texte.

Avec, pour démarrer la séance, une lecture en partage : 
un extrait de La petite fille de Monsieur Linh de Philippe Claudel (2005).






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Dans mon arche il y a des choses étranges. J’ai déposé en premier ce rêve de sommet où resplendit la lumière de la liberté.
J’avais grimpé à travers les forêts, n’écoutant que le bruit de mes pas dans les feuilles humides de l’automne. Je me souviens que je portais ma robe bleue, celle qui est toujours chiffonnée. Dans la poche, contre ma cuisse, je sentais le poids du trousseau de clefs rouillées qui ouvraient autrefois ma maison. Les larmes sur mon visage emportaient le mascara noir qui entourait mes yeux et sans lequel je ne pouvais affronter le regard des autres.
Tout allait changer.
Oui j’avais percé le mystère de ma naissance.
Je croyais n’être qu’une graine de cactus mais j’étais un baobab.

Isabelle
(Atelier d'écriture à Lyon - PLVPB / 2018)




Dans mon arche, il n’y a que le strict nécessaire.
D’abord, mon appareil photo. Pas celui que l’on m’a offert à Noël, il est bien trop compliqué à utiliser. J’ai pris l’ancien, que j’ai depuis dix ans et dont je connais toutes les fonctions. Je veux être certaine de ne rater aucun cliché. Je l’ai rangé à côté du guide de voyage, dont je n’ai corné qu’une seule page, car je sais précisément où me mènera ce voyage. Ils sont tous les deux posés sur mon vieux coussin plat et décoloré, fidèle compagnon qui ajoute juste la bonne épaisseur aux oreillers classiques. A côté, j’ai aligné mes tongs, les souples, les plus simples, celles que je peux porter à l’extérieur comme à l’intérieur. L’odeur du linge propre tout juste sorti de la machine émane de la minuscule pile de vêtements que j’emporte avec moi. J’ai aussi décidé de ne pas sacrifier mon plant de tomates jaunes, que j’ai eu tant de mal à entretenir. Je sens qu’il a encore beaucoup de fruits à donner. Là où je vais, il aura de l’amour, de la chaleur, de l’eau. Il sera bien. Iggy, mon chinchilla désormais empaillé, m’accompagne également. Du fond de sa cage, je sentais bien qu’il avait des envies de voyage. Mieux vaut tard que jamais. Le plus difficile a finalement été de capturer un peu de cette odeur de petit chat qui stagne derrière l’oreille de mon fils. J’ai réussi à l’enfermer dans une petite fiole transparente, rapidement scellée d’un bouchon en liège et d’un peu de cire chaude. Je l’ai déposée à côté de sa photo, cheveux hirsutes et mine du petit matin. Je sais que je ne le reverrai pas de sitôt. Je rêve de tranquillité, sur une île sauvage, où seul le vent me dérange. Mais en attendant, je me laisse emporter par l’ivresse du voyage. Dans ma main, trois graines que je sèmerai à son terme. Une graine de sensitive, pour me rappeler la fragilité de la vie. Une graine d’ipomée bleue, pour me remémorer sa beauté. Enfin, celle que je sèmerai en dernier, qui verra s’épanouir mon arbre généalogique, dont j’ornerai l’une des branches les plus basses à la fin du voyage. 

Aurélie
(Atelier d'écriture à Lyon - PLVPB / 2018)




Dans mon arche, il y a un parapluie noir léger que je peux emmener partout. 
Il me protégera des pluies d'été et des averses d'automne. 
Mon carton à dessin en plastique vert protègera, lui, mes esquisses, ce que je crayonne à la volée quand je vais par les sentiers de notre nouvelle terre. 
Hier encore, j'ai semé les graines que j'ai emportées et dans six mois, je reviendrai dessiner des tournesols. J'ai emporté aussi la bague en argent où deux anneaux coulissent sans jamais se rejoindre. Avec le bâtonnet en bambou qui ne quitte jamais ma poche, ce sont les deux seuls souvenirs de ma mère que j'ai conservés. Je retourne ma main et y dépose par petites pincées précises les graines qui font voler. Les oiseaux viennent les picorer et s'envolent dans un bruissement cristallin comme le rire d'un enfant qu'on chatouille.


Sylvie
(Atelier d'écriture à Lyon - PLVPB / 2018)



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lundi 5 novembre 2018

Stage samedi 1er décembre à Villeurbanne - Construire mon projet d'écriture


Un projet en attente dans un tiroir ? L'envie et les idées mais une détermination qui s'essouffle...?
Ce stage est un cadre stimulant pour venir confronter son désir d'écrire avec la construction d'un projet d'écriture.
Un temps d'analyse, d'écriture, d'écoute et d'enrichissement mutuel pour repartir avec une feuille de route et des outils pour aller plus loin.

Tarif : 80 €/ la journée (samedi - 10h-17h) + 2h d'accompagnement individuel
8 participants maximum

Inscription : jusqu'au 14 novembre
par mail sylviegier@gmail.com / ou téléphone : 06 60 81 09 74 
Lieu : Association LA MIETE (Maison des Initiatives, de l'Engagement, du Troc et de l'Echange)
150, rue du 4 août 1789 - 69100 Villeurbanne / chez l'intervenant pour le RDV individuel.


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vendredi 12 octobre 2018

Juliette - Météo marine / Une petite robe noire (chanson)

Partir du concret, des sens, s'éloigner du concept, de l'idée. Mettre les mains dans le réel pour en recueillir l'estompe, l'esquisse, et raconter une histoire qui vibre en cercles concentriques autour d'un noyau.

Une écriture qui parle à chacun, qui utilise le quotidien, des références communes pour ancrer, amarrer une sensation indescriptible (Météo marine) ou une terrible réalité (Une petite robe noire). 

A découvrir !






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Atelier d'écriture Lyon et Villeurbanne - "Lieux communs"


Un atelier pour :
Sortir de notre univers et nous imprégner de l'univers des autres pour inventer, en commun, des lieux nouveaux, insolites où s'agite une histoire...

Avec, pour démarrer la séance, quelques lectures en partage : 
en 2017, un extrait de Si par une nuit d'hiver un voyageur d'Italo Calvino (1979).
en 2018, un extrait de Le Passage de Louis Sachar.











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C'est une plage de sable blanc.
On y arrive par un sentier couvert de mousse emprunté par les muletiers.
C'est une gloire à la géographie avec ses magnifiques cocotiers et sa mer turquoise.
Face à ce paysage, l'évidence de la guerre s'anéantit. On entend voler, on voit planer des anges dans le sillage des mouettes.
On n'a plus envie de partir.
Juste un soupir sur le sable et s'endormir.
On y glane des coquillages avec des gants. Puis on joue au billard ou au bilboquet sur la balustrade. Sylvie fait partie de la tribu qui envahit la plage chaque après-midi. Elle joue aux boules, mange des babas au rhum à belles dents, a une véritable addiction pour le jeu des dominos.
En soirée, la buée envahit la plage. On se croirait en Bretagne. des guirlandes de Noël s'allument. La nuit arrive comme un ruban et envahit la plage qui disparaît jusqu'au lendemain, au lever du soleil, dans toute sa splendeur.


Marie-Hélène
(Atelier d'écriture Villeurbanne - Miete / 2018)







Rose est une femme timide et réservée. Quand le temps s'y prête, elle se promène au bord du lac. Ce soir elle est avec son chat, un vrai petit guignol. Elle observe la nature et l'écoute. Une hirondelle passe et se perd dans le ciel. Au loin une chouette hulule. Rose n'aime pas entendre ce cri. Pour elle, c'est noir comme un cauchemar. Elle marche sur un chemin couvert de gravier. Sur sa droite, près d'un bosquet, une cachette est la bienvenue. Elle s'assied et se reprend tout en caressant son chat pour se rassurer. Une libellule lui fait coucou puis se pose sur un pétale de gentiane. Il est temps de rentrer. Elle se lève. Et surprise, elle aperçoit un hurluberlu se balançant dans un arbre. Il porte un pantalon tenu par des bretelles. Ses pieds dessinent à terre un petit cratère.  Il lui lance un regard qui en dit long. Mais Rose se retourne telle une girouette. Son chat, curieux et peu craintif, s'en approche et soudain l'homme disparaît comme dans un clash.



Marie-Claire
(Atelier d'écriture Villeurbanne - Miete / 2018)




Dans le bureau du président

C'était l’aurore et dans son bureau immense, le président régnait. Dans la compagnie qu’il dirigeait d’une main ferme depuis des années, comme son père avant lui et comme son fils assurément après, ça filait droit. Ici, pas de babas cools à ukulélé, pas de jeunes hirsutes ou d’andalous bronzés. Ici, ordre, discipline et sécurité !

Il ne l’entendit pas arriver. Elle ne prit pas la peine de frapper et entra par surprise. Soudain, elle se tenait là, debout, droite devant lui. Elle s’appelait Danielle. C’était une des filles qui travaillaient dans l’atelier B. Il l’avait déjà repérée avec ses manières qu’il jugeait sans équivoque : c’était une rebelle ! Elle lui dit qu’elle venait au nom des autres, qu’ils en avaient tous marre d’endurer ce qu’ils enduraient, que ça suffisait de supporter ses façons de vieux dinosaure lunatique.

Alors, il eut l’impression qu’un nénuphar éclata dans sa poitrine. Déjà, il vacillait. Il se pensait bien plus robuste. Hagard, il en laissa tomber son dentier.

Nadia
(Atelier d'écriture à Lyon - PLVPB / 2017)




La nuit était tombée depuis bien longtemps maintenant. Du dessus de l’armoire de la chambre de la jeune Sylvie, on pouvait apercevoir par la fenêtre ouverte, la clarté de la grande ourse et une myriade d’étoiles toutes plus brillantes les unes que les autres. On se serait cru dans un planétarium, une main invisible dessinant les constellations.
Sylvie est une jeune adolescente de 15 ans, blonde aux yeux gris magnifiques. C’était une fille unique, passionnée pas la galaxie et passant ses nuits à contempler le ciel sur son armoire. Pas sur son lit, pas sur une chaise, ni même à côté de la fenêtre, mais au dessus de son armoire, pour paraitre plus grande, plus proche des étoiles.
Le vent faisait bouger ses cheveux et la faisait frissonner, n’ayant qu’un pauvre tee-shirt et un misérable bas sur elle.
Ses parents lui demandaient de fermer sa fenêtre, mais elle ne voulait pas. Elle était têtue. Il faisait noir, elle entendait des bruits dehors, comme un écho dans la nuit, comme si un renard courait puis s’arrêtait, pour ensuite repartir de plus belle. Elle savait aussi qu’à sa gauche, une araignée la fixait, posée sur sa toile. Et elle ne pensait qu’à ça, tellement qu’un mal de crâne s’installa. Non, elle n’avait pas peur. Elle était effrayée, raide. Ses bras entouraient ses genoux comme pour se créer une armure. Pourtant, elle continuait à contempler l’immensité de la nuit, ne bougeant pas, prise dans un tourbillon de sensations.
L’étagère sur sa droite était envahie de poussière, à moitié cassée à cause du surpoids des livres, laissant une trace de leur passage. Une tablette de chocolat était posée sur un roman nommé « Oscar et la dame rose », d’Eric Emmanuel Schmitt. D’un bond agile, elle descendit de son perchoir, son ventre gargouillant, pour récupérer un morceau de chocolat ainsi que des dragées et se dirigea vers son lit. Elle épousseta son pyjama avant de se coucher, fatiguée, mais déçue de ne pas pouvoir rester éveillée plus longtemps.
Juste avant de s’endormir, elle visualisa la rame de métro où elle accueillerait son père le lendemain matin, rentrant enfin de l’autre bout du monde pour la retrouver.

Alexia
(atelier d'écriture à Lyon - PLVPB / 2018)










Dans le chapeau du magicien.

La Vie me récite une fable, la mienne, chaque jour que Dieu fait dont je me garde d’oublier qu’il est le grand notable de l’univers.
Ma vie a été faite de grandes claques dans le dos et surtout dans la gueule et après m’être enfoncée dans la marmelade, j’ai dû marcher sur des cactus pour atteindre un paysage où chantaient les oiseaux.
C’est une sacrée nana, la Vie, c’est aussi une magicienne qui peut sortir de son chapeau le bonheur qui, tel un pigeon voyageur échappé de sa montagne lointaine a atterri parfois sur ma grève et m’a joué un air de guitare.
Ce matin, il a chanté au début de l’atelier d’écriture auquel j’assistais. Une jeune femme à la crinière retenue par un élastique noir, s’est assise à côté de moi.  Son grand sac contenait peut être des cartes à jouer qui se prenaient pour des rois et des reines ou des chenilles en train de fumer un joint mais elle était de taille normale, son sourire était bien le sien et si elle avait demandé à son lapin de l’accompagner, il était sans doute en retard.
Elle n’a pas raconté son histoire, elle a dit simplement qu’elle s’appelait Alice et elle a su, rien qu’en prononçant son prénom allumer une étoile filante dans mon cœur qui a laissé tomber ses pelures d'artichaut.
Une niche s’est ouverte dans la suie de ma mémoire. Je me suis vu recevoir des mains d’Edmond, mon père un grand livre coloré où figurait sur la couverture une petite fille étonnée qui ne me ressemblait pas, dont les longs cheveux carotte s’éparpillaient sur les épaules. La situation l’exigeait et je décryptais sur la page de garde, la belle calligraphie de mon père qui me souhaitait mon anniversaire tout en me rappelant qu’avoir sept ans, c’était entrer définitivement dans l’âge de raison. Le livre d’un seul coup a pesé lourd dans mes mains.
J’ai essayé pour plaire à mon papa mais je doute que j’y sois arrivée un jour.



Geneviève
(Atelier d'écriture Villeurbanne - Miete / 2018)



Je ne suis jamais allée au musée des Confluences de Lyon, que j'aimerais tant visiter.
Moi, Maryline, agoraphobe, j'adore les musées. Mais l'angoisse d'un lieu inconnu et vaste m'étreint. Et puis, il faut affronter la foule du métro et du musée.
Allongée sur mon lit, il est 10h du matin, je rêve à ce que je vais faire de la journée.
Ai-je eu la force de prendre une douche ? J'adore être sous l'eau et me faire belle, douce et propre. mais mon lit est un aimant et m'aspire.
"Allons, allons !, me dis-je, je prends ma douche !". La douche étant faite, vais-je aller sur le Net voir ce que propose le musée ?
"Allons ! Encore un effort!", me dis-je.
Allongée sur mon lit, en peignoir, j'imagine que je vais au musée...Qui vais-je rencontrer ? Vers quelle contrée lointaine vais-je-aller au travers de sculptures et de tableaux de paradis lointains ?
J'imagine des murs et un mobilier blancs. Des fauteuils noirs dans l'entrée...
Allez, c'est décidé, après mon repas de midi, je consulterai le site du musée des Confluences de Lyon, c'est promis !


Maryline
(Atelier d'écriture Villeurbanne - Miete / 2018)





Je pose une question de vive voix à Geneviève, en tapant des notes sur mon xylophone :
- Dans la pinède, sur l’étang peut-on patiner ?
Geneviève me réponds avant de partir en Italie :
- Si tu as tes patins, si tu gardes l’équilibre, si tu as pris ton ultime élixir, tu pourras alors tracer suivant ton désir, sans te presser, ni abandonner tes spatules. N’oublie pas d’emporter dans ton sac ton coussin pour amortir les chutes et ton doudou pour te consoler.
- Oui c’est sûr , ça va devenir une addiction !
- C’est le pire qui puisse t’arriver me dit-elle en s’abreuvant à une vasque en pierre. Après tes exploits, ensemble, nous enverrons aux gueux quelconques des images pleines de pixels. Oh ! La vache !… Chéri, fait attention, tu fais des marques en forme de diamant comme pour napper un gâteau.
- Au fait Geneviève, l’aquarium aux deux poissons rouges, qu’en as-tu fait ?


Marie-Rose
(Atelier d'écriture Villeurbanne - Miete / 2018)









bruit de l'hélicoptère sur le tarmac
gluten dans la farine du temps
soudure de l'hiver
allergie dans son crâne
fourmis affamées
la guerre hagarde est au bord 
du lac, à la lisière des arbres, déjà

Marie-Hélène dort 
dans son abri
sous la chiche lumière
dans son tibia
elle sent la plaie

éclat métallique

l'étourneau rêve
sur la plus haute branche
abricotiers, oranges, 
affabilité de Noël,
dans le silence 
ne résonnent plus que

des cantiques


Sylvie
(Atelier d'écriture Villeurbanne - Miete / 2018)




(1er jet - en atelier)

Marie-Claire s'achemine à travers la lande vers le couvent des Ursulines, là-bas sur la montagne bleue. Elle espère y trouver un gîte pour la nuit. 

L'orage menace, le vent balaye les dunes. Soudain, les premières gouttes la giflent, puis la pluie drue comme un rideau obscurcit l'image de la montagne. Arc-boutée contre le vent, elle aborde avec difficulté le précaire abri qu'offre un olivier solitaire. La vieille nomade dépose son sac, sa tente, sa tirelire et son arme - un couteau bien affûté - car on ne sait jamais, en cet univers dangereux. L'eau a formé de grandes flaques où le jeu brillant des éclairs fait surgir par instants des nénuphars, des pétales de lune. 

Epuisée, trempée, Marie-Claire comprend qu'il lui faut reprendre sa course malgré la fureur des éléments mais elle s'accorde une pause. Le bourdonnement d'un hanneton égaré la distrait un instant. Elle allume une cigarette bien cachée dans la cage de ses mains, comme l'indien son calumet pour prier, et la jette aussi trempée qu'éteinte. Frissonnante, elle tousse un peu, appuie son dos à l'arbre dont l'odeur âcre mais réconfortante lui redonne courage. Déjà là-bas, dans le lointain, le ciel s'éclaircit. Un arc-en-ciel auréole l'enceinte du couvent posé comme un oiseau sur la montagne.


(2e jet - réécriture chez soi)

La montagne bleue

Assise à l'ombre de l'olivier, l'enfant sort de son cartable un livre d'images. Elle tourne rêveusement les pages. Elle ne sait pas encore déchiffrer les encarts, les numéros. Elle mordille son crayon qui laisse un goût amer sur sa langue. Dans la marge, elle dessine un goéland. Elle s'arrête à la page 7 :  c'est une montagne au lever du jour, toute bleue, et déjà le film d'une longue marche à travers la lande qui s'étire au pied de la montagne se déroule sous ses yeux.

Qui donc peine, courbée, si lourdement chargée, sous le ciel menaçant ? C'est Marie-Claire, la vieille nomade. Elle cherche le couvent perdue dans la montagne bleue où elle espère trouver le gîte et peut-être assister à la messe latine. mais déjà, l'orage est là. Le vent est plus violent. Marie-Claire s'arc-boute. Les premières gouttes la giflent et bientôt un rideau de pluie lui cache la montagne bleue. La gorge nouée, elle aborde une haute dune, dépose son sac, sa tente et son arme - un couteau bien affûté - car on ne sait jamais, dans cet univers incertain.

L'eau a formé de grandes flaques où le jeu brillant des éclairs fait surgir par instants des nénuphars, des pétales de lune. Epuisée, Marie-Claire jette autour d'elle des regards angoissés. Le néant étreint son coeur. Elle sait bien qu'il lui faut poursuivre sa course malgré la fureur des éléments. Un hanneton égaré vient buter contre sa joue. Surprise, elle s'en saisit et contemple le pauvre insecte, en plus grand péril qu'elle-même. Mais sottement, il s'échappe de la cage de ses mains qui voulaient le protéger. Elle tourne le dos à la pluie et s'appuie contre la dune, allume avec difficulté une cigarette, comme l'Indien son calumet pour prier. La cigarette aussitôt éteinte, Marie-Hélène tousse, frissonnante. Quelqu'un là-haut l'a entendue, malgré le fracas du tonnerre. Le ciel s'éclaircit. Là-bas dans le lointain,un arc-en-ciel auréole l'enceinte du couvent posé comme un oiseau sur la montagne bleue.

L'enfant laisse le livre et le cartable sous l'arbre et court prendre une belle pièce brillante dans sa tirelire. Si Marie-Claire s'arrêtait au portail, elle la lui donnerait...peut-être en attendant Papa.


Jacqueline
(Atelier d'écriture Villeurbanne - Miete / 2018)




Salle/Bête

L’éclairage tamisé, équivoque, de la lampe plongeait la salle de danse dans la semi-obscurité. Le frêle scintillement des lampions projetait des créatures malfaisantes contre les parois. Au centre de la pièce, une bête énorme léchait du miel goulument et sa fourrure rêche en se frottant contre le sol produisait de l’électricité. Depuis ses yeux, minuscules lucioles flottillant dans son regard, l’on percevait un désarroi singulier, emporté comme dans un sortilège, au cœur même de cet amour abject. Il y avait en lui les fondements de la désillusion, l’alphabet faussé d’un être cassé d’où pouvait sourdre à tout moment l’incommensurable douleur, le ballet frénétique d’une âme captive de son reflet dans cette salle entourée de miroirs qui tels des dominos perdaient l’équilibre et venaient tomber les uns sur les autres. Noémie s’en était allée, frémissante, jouissant pleinement des bras de Jean-Paul, son être d’élection, responsable à lui seul – il tenait à s’en persuader – de cette noyade intime et brûlante qu’il ressentait désormais.     

Grégory
(Atelier d'écriture à Lyon - PLVPB / 2017)





Marseille, 8h du matin sur le parvis de Notre Dame de la Garde : soleil de plomb, déjà 28°C selon Météo France et l’enseigne lumineuse de la pharmacie voisine. Je m’engouffre dans la première bouche de métro qui se présente à moi. Je dévale les marches par lot de 4, malgré les talons aiguilles et le risque de chevilles foulées qui plane au-dessus de moi.
Un groupe de danseurs de hip-hop me bloque momentanément le passage. J’esquisse un pas chaloupé et me retrouve sur le quai, face à la gueule béante de la rame. Poussée par le flot de mes congénères pressés, je saute juste à temps pour le départ. Début d’une journée merdique, je le sens. Un mélange d’odeurs, loin de la lavande provençale chère à la région, agresse mes narines. Je cherche à déchiffrer l’alphabet minuscule du plan des stations, coincée entre une poussette contenant un môme braillard, flanqué de son flegmatique géniteur, qui vraisemblablement a abandonné tout espoir de retour au calme, et une femme d’une soixantaine d’années qui ressemble à maman, abstraction faite de son regard vide, qui la rapproche plus du bovin fatigué que de la jeune retraitée dynamique.
Soudain, tournant la tête pour échapper à la vision de mes deux charmants voisins, je la vois. Isabelle. Des années qu’on s’est perdus de vue. Depuis le séjour à Etretat, chez Danielle. Je m’avance de quelques pas et prend conscience de sa tenue incongrue. Toute parée de couleurs chatoyantes, elle est affublée d’un petit chapeau en carton doré et se met à crier : TURLUTUTU, TURLUTUTU !, faisant sursauter une bonne partie des passagers.  Elle exhibe soudainement une langue de belle-mère bleu pétrole et son teint, ordinairement d’un bel orange velouté comme un abricot, vire au rouge renoncule tandis qu’elle souffle à pleins poumons dans son terrible instrument.
Que faire face à cette surprise un peu folle ? Mazette, me dis-je, toute turlupinée, est-ce parce que nous sommes un jour férié qu’elle est ainsi déguisée ? Et ce chapeau, plein de monnaie, accroché à sa ceinture ? Aller à sa rencontre, ou fuir à la prochaine station, mon cœur balance.
Il balance si fort que mon corps entier tangue. Je ferme les yeux pour éviter de régurgiter mon petit déjeuner. Quand je les ouvre, elle a disparu. Encore une crise d’allergies hallucinogènes à mon actif. Il faut peut-être que j’arrête les joints, sans quoi c’est Aménadiel et son cortège de chérubins que je risque de voir débarquer à la prochaine station.

Aurélie
(Atelier d'écriture à Lyon - PLVPB / 2017)









Le soir tombe sur le jardin du Soleil Bleu. De sombres nuées d'orage dessinent l'image d'un bison tourmenté dans le ciel. Un hibou chatoyant le chevauche tel une gargouille, ignorant ses ruades agiles et excédées. Grégory rêve, étendu dans l'herbe du jardin. Son esprit flotte avec les nuages. Il imagine le bison atrabilaire fuyant quelque horrible abattoir, poursuivi par les rides enflammées des pistoleros de la mort en barquette. La rosée imprègne ses sens et ses vêtements. Le jardin, l'enveloppe. L'odeur sucrée du chèvrefeuille et des gardénias se fait caresse. Le cocon organique le nourrit tout entier, baigné dans la lumière bleue tourmentée, zébrée au loin  d'éclairs. Allez Grégory, il faut rentrer.

Sabine
(Atelier d'écriture à Lyon - PLVPB / 2017)



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