Le temps d'écrire

Le temps d'écrire...

Et si tu prenais par hasard, par envie, ou parce que tu n’as pas encore vraiment essayé, le temps d’écrire…Le temps de t’arrêter, de regarder les autres et toi et le monde et de construire un chemin à travers tout cela.

Une autoroute, une rive boisée, un aride sentier de montagne…Peu importe. Juste l’évidence de dire : je suis là, et voilà comment je vois les choses.

Mon horizon à moi, c’est de t’accompagner dans ta démarche, pour aboutir ensemble là où seul, parfois, on se décourage. Créer les conditions pour que quelque chose s’ouvre et que la lumière, ou l’ombre, puissent passer.

Alors, en route…!

lundi 30 juillet 2018

Atelier d'écriture Lyon - Séance 19 - Ecriture longue (5 - Deuxième jet)

Mardi 12 juin. Après l'écoute et les retours des 2 séances précédentes, chacun réécrit, affine, fait évoluer son texte. Des parti-pris s'affirment, des climats s'installent...

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Le chemin de Rose
Un conte à découvrir ici
Lu par son auteur : Isabelle



Histoire de Rho
en 4 tableaux, par Marie

Le premier tableau est à découvrir dans le jet même de l'écriture manuscrite :







Le rebord

Le matin, il s’extrait sans difficulté de son lit comme s’il n’avait pas dormi. Sa conscience ainsi que son corps déjà en alerte. Pas de torpeur ni de mort subrepticement glissée dans le sommeil. Les rêves n’en ont jamais été pour la simple et bonne raison qu’ils n’ont jamais existé. Il aurait fallu pour cela que son esprit bascule dans l’oubli, se laisse porter une fois les paupières closes vers le lieu du lâcher- prise, l’endroit à partir duquel on ne pense rien où les émotions vous viennent déguisées et étranges, les événements se déroulent à une autre cadence, les faits pourtant si similaires et si radicalement différents se juxtaposent dans votre esprit endormi sans se heurter à la logique rationnelle de l’éveil. Sa compagne dort encore profondément, perdue à lui et à elle-même, les bras croisés au-dessus de sa tête. Pendant la nuit, il s’est réveillé pour aller pisser, aussi parce qu’il faisait trop chaud, il a soulevé la couette, décollé un peu son tee-shirt trempé de sueur. Par la fenêtre, il a aperçu un homme étendu sur le trottoir, le corps également mis en sommeil, peut-être mort de froid. Il pourrait appeler les Urgences, son téléphone est là, à proximité du lit mais il va aux toilettes. En urinant, une photo de sa mère jeune qui semble l’observer. Elle est souriante, enveloppée dans sa parka de couleur marron, un bonnet violet sur la tête, entourée de neige dans un paysage cotonneux. Il y a une forêt de grands pins derrière elle. Son père a dû prendre la photo. A en juger par son âge sur la photo, celle-ci a dû être prise avant sa naissance au cours d’un de leurs rares moments de félicité.  Il sourit à sa mère bien que ce soit un sourire post- mortem. Il aurait souhaité pouvoir lui sourire sur son lit d’hôpital mais il n’y avait que les larmes qui sortaient à ce moment-là et cette main si ténue serrant la sienne. Cette dernière spasmodique se crispait synchrone avec sa respiration. C’était une affaire de lutte et d’abandon en cet instant, le cœur au bord de l’épuisement alternait des pulsations accélérées avec d’autres phases plus ralenties. Comme si le cœur hésitait justement entre deux mondes, accomplir le grand saut ou rester encore quelques temps, en attendant il était là, sur la brèche, sur le rebord qui ne cessait de rétrécir. Bientôt ce serait la fin, on lui retirerait le tapis de dessous les pieds. Il glisserait dans le néant ensevelissant le sourire de sa mère, les pins majestueux avec la neige…jusqu’à cette photo collée contre le mur des toilettes. Après un début galvaniseur où les mots sont sortis précipitamment du clavier tels de petites bestioles contraintes aspirant à l’air extérieur mais qui une fois dehors ignoreraient tout de ce qu’elles font là, je me retrouve esseulé devant l’écran, cisaillé par le doute. Comme maintes fois auparavant dans ce type de situation, je ne souhaite qu’une chose, prendre la tangente. Je surfe sur quelques sites, regarde des vidéos et au bout d’une heure, me dirige vers l’un des placards de la cuisine. En ouvrant celui-ci, je prends une bouteille de bière, son étiquette dorée semble me promettre un eldorado de l’écriture. Je pèse le pour et le contre. Un petit coup de pouce serait le bienvenu, peut-être qu’un peu d’ébriété lèverait un tant soit peu les inhibitions. En même temps boire de l’alcool en plein après-midi c’est plutôt moyen. Le mythe de l’écrivain bourré est pour moi tout sauf flamboyant. Et si plutôt, j’écoutais un album que j’affectionne afin de susciter une ambiance propice à la création ?   

En tirant la chasse, l’eau s’évacue dans le conduit avec ses souvenirs. Enfin, il aimerait que ce soit ainsi. Mais ce qui le tient en éveil, ce qui rend son sommeil impossible, c’est un point fixe de sa vie, une question lancinante qu’il n’ose se formuler. Il envie la quiétude du visage de sa compagne, son abandon supposé ou réel dans les bras de l’inanimé, le corps vibrant tranquillement au rythme de sa respiration sans contrainte. Cela fait des mois qu’il n’a pas dit mot à son père. Ce silence vaut tous les échanges. Pas besoin d’explications paternelles que ce dernier serait bien malaisé de donner. Comment peut-on se parler quand l’essentiel n’a jamais été dit ? Il se sent si seul et fatigué. Son mug favori est sale dans l’évier, l’éponge qu’il utilise déborde de mousse, l’eau froide sur ses doigts le soulage un peu, picote juste ce qu’il faut pour le maintenir en lien avec ses sensations. Son tort bien qu’involontaire est d’être constamment coupé de son corps, étranger à sa chair, empêtré dans son âme, dilué tout entier dans le doux marasme de son existence. A l’extérieur, la pluie a commencé à tomber, les nuages gris se dégorgent, le coton s’étiole, le pavé humide refroidit encore davantage le corps de celui qui dort sur le trottoir d’en bas. Il pourrait l’inviter, lui proposer un café pour se réchauffer. S’agenouiller près de lui, s’approcher de cette forme humaine cabossée, essayer de le réveiller doucement, Monsieur, Monsieur, vous m’entendez ? Il ne faut pas que vous restiez là comme ça. Vous allez tomber malade. Je vous en prie, suivez-moi. Comme mon personnage, je me lève aussi pour pisser. C’est fou le temps que je peux passer aux toilettes ! Surtout lorsque j’essaye d’écrire. Où cette histoire va-t-elle m’amener ? Je pisse en me demandant pour quelles raisons je ne nomme quasiment jamais mes personnages, peut-être est-ce le signe de mon incapacité à leur donner une existence propre ? Ou qu’au contraire, je me refuse à leur accorder une autonomie véritable craignant qu’ils m’entraînent en dehors de ma zone de confort. Depuis de nombreuses années au travers de multiples textes, j’ai ainsi donné naissance à une armée d’hommes sans noms. Je les entends tambouriner contre ma porte, réclamer de vive-voix que je leur accorde une identité.  

L’homme dans la rue est immobile, impossible de déterminer s’il a effectivement entendu quelque chose. Peut-être ne parle-t-il pas notre langue ? Et si oui, pourquoi ce silence ? Sans doute est-il abruti par l’alcool. Pourquoi d’ailleurs le suivrait-il alors qu’il ne le connait pas ? Dans l’une de ses mains, il tient une cordelette, ou plutôt ce qui semble être une laisse mais au bout de laquelle il n’y a rien. Son visage froissé ressemble à une feuille de papier, les ridules du front sont autant de ratures, signes d’un temps captif des calamités et des excès, sur la joue gauche une cicatrice en prime. A l’observer, on dirait que la vie a cherché à biffer ce visage, mettre en avant ses défaites, ses cheveux longs font comme des lanières enchevêtrées, la crasse les a ébouriffés, rendus secs et cassants. Avec un peu de difficultés, il s’est redressé pour voir qui s’adresse à lui. Son regard est étonnamment vif et scrutateur, de ses yeux il cherche à savoir plus qu’à travers les mots de l’autre s’il peut accorder ou non sa confiance à cet étranger l’invitant à se restaurer et venir prendre une douche chez lui. Son expérience passée lui a montré combien il fallait être méfiant. Mais la faim et la lassitude sont là. Il accepte en espérant ne pas s’être trompé. La montée des quatre étages par l’ascenseur se fait dans un silence gêné. Au premier une voisine, monte tout en observant un peu interloquée ce couple insolite, dépareillé. On a l’impression qu’elle voudrait être partout sauf ici, dans ce minuscule espace, aux prises avec un homme qui pue la souffrance et l’autre la mort. Le couloir qui mène à l’appartement est interminable, mal éclairé par une ampoule qui grésille. L’homme de la rue n’a pas le temps de lire le nom inscrit sur la porte avant de pénétrer dans le hall. Il est invité à prendre une douche, ce qu’il accomplit bien volontiers. Avec un gant de toilette il frotte tant qu’il peut, l’eau sale coule tel du sang noirci le long de ses cuisses. Les lanières de sa chevelure se défont progressivement sous l’action du shampoing dont la mousse verte envahit ses longues mains, similaire à de la bile après une crise d’épilepsie. Dans le miroir, il sourit au reflet d’un homme qu’il n’avait pas aperçu depuis bien longtemps. La propreté a lavé jusqu’à ses cicatrices, celle de la joue gauche semble presque avoir disparue. Il sait qu’elle est là, tapie au creux de la chair et ne tardera sans doute pas à ressurgir et montrer toutes ses dents. Mais pour l’heure, il profite de ce répit inespéré. Dans son sac, il prend un jean troué mais relativement propre qu’il met par-dessus son caleçon pas de première jeunesse. Il possède un autre tee-shirt qu’il fait glisser sur son torse. Ses narines le titillent, il y a l’odeur revigorante du café, non loin. Dans la cuisine, son hôte l’accueille d’un sourire, l’invite à s’installer et prendre du café. Pierre s’assoit. Il rabat machinalement une de ses mèches derrière son oreille. C’est un café turc avec au fond le marc qui lui met un goût de terre chaude dans la bouche qu’il n’ose recracher. Il se sent pris en faute, voudrait se fondre dans le décor, c’est ainsi presque toujours le cas lorsqu’il est posé là, dans la rue, sur le rebord devant la devanture d’un magasin, invisible, au milieu de la foule des gens affairés.  Une petite fille, hier l’a repéré, a voulu l’approcher mais s’est fait prendre la main par son père qui avait visiblement mieux à faire. Elle possédait une chevelure blonde sensiblement pareille à celle de son fils, ou du moins tel qu’il s’en souvient. Cela fait une éternité, c’était littéralement une autre vie.     
      
Je suis en train d’écouter de la musique en écrivant et j’aperçois un visage dans le reflet de mon écran. C’est celui de ma fille Méloé revenant de l’école. Elle a déposé sa trottinette dans l’entrée et est venue me rejoindre. Quand elle ne joue pas avec sa sœur, Méloé s’accroupit un peu partout dans l’appartement, un livre posé au sol, avalant les histoires les unes après les autres. Souvent elle me raconte les intrigues auxquelles sont mêlés ses personnages. Il y est question de luttes, de trahisons, de rites initiatiques, d’appartenance à un clan, de ce qu’il faut traverser pour survivre. C’est toujours un plaisir renouvelé que de la découvrir le visage concentré, oublieuse du reste, tout à sa lecture. Baignée dans le liquide amniotique de la fiction, les mots narrent des itinéraires alternatifs, tressent des allégories, mises en abîmes des possibilités de vécu. Ma fille du haut de ses neuf ans se fiche de ce jargon pseudo-littéraire et elle a bien raison. Elle cherche à savoir ce que sont ces phrases alignées les unes après les autres sur mon écran. C’est vrai que tu ne sais pas ce que ton histoire raconte me lance -t-elle incrédule. Je me contente de répondre oui en haussant les épaules comme un gamin pris en faute. Il est infiniment plus facile de se mentir que de raconter des histoires à une enfant de neuf ans. Malgré leur imagination débordante, ils sont en effet d’un pragmatisme à toute épreuve. Sans ajouter un mot de plus, elle fait demi-tour, retourne à son histoire et moi à la mienne. 

Grégory


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jeudi 5 juillet 2018

Les passagers du vent - François Bourgeon - 12bis Editions et Delcourt - 2009 à 2018

Une belle aventure de lecture avec les 7 tomes de cette BD historique, dessinée et scénarisée par François Bourgeon.


Organisé autour d'un beau personnage féminin, Isa, le récit nous entraîne dans les soubresauts de l'histoire du XVIIIe siècle : histoire maritime d'abord, à travers la guerre sur les mers que se livrent les corsaires, et la description de la traite négrière et du commerce triangulaire. Puis l'histoire s'ancre aux Antilles, puis en Louisiane, rejoignant le chaos de la Guerre de Sécession et s'ouvrant sur un autre personnage féminin principal, Zabo.
Le dessin est magnifique. L'organisation des planches est très rythmée, allant du plan large au plan serré, s'attardant sur les détails. Le récit est haletant, maniant l'ellipse, le flash-back et restituant l'essentiel des informations sans ralentir la progression de l'histoire.
Un 8e tome vient de sortir en mars 2018. A suivre...

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mercredi 6 juin 2018

Atelier d'écriture Lyon - Séances 17 et 18 - Ecriture longue (4 - Mise à distance)

Mardi 29 mai et mardi 5 juin. Première lecture en commun, projection du texte en dehors de soi. Premiers retours collectifs pour saluer le texte et ouvrir des pistes de réécriture.
Pour mieux, ensuite,  élaguer, supprimer, choisir.


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Atelier d'écriture Lyon - Séance 16 - Ecriture longue (3 - Dilatation)

Mardi 15 mai. Après le travail d'échafaudage réalisé à la dernière séance, les outils, les matériaux sont rassemblés pour étayer, étendre, développer, dilater le texte, en s'orientant vers une forme (récit, saynètes, prose poétique...).

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Rencontre-dédicace à la librairie Lettres à croquer (Villeurbanne) - mardi 19 juin à 19h

Mon recueil de nouvelles De si petites ailes est paru fin octobre 2017 aux Editions sur le Fil. Il a pris son envol dans les frimas de l'hiver pour une aventure au long cours.

Je vous invite à me retrouver pour une rencontre-lecture-dédicace

Mardi 19 juin à 19h
à la Librairie Lettres à croquer
104, cours Emile Zola
69100 Villeurbanne
(au pied du métro République).