Le temps d'écrire

Le temps d'écrire...

Et si tu prenais par hasard, par envie, ou parce que tu n’as pas encore vraiment essayé, le temps d’écrire…Le temps de t’arrêter, de regarder les autres et toi et le monde et de construire un chemin à travers tout cela.

Une autoroute, une rive boisée, un aride sentier de montagne…Peu importe. Juste l’évidence de dire : je suis là, et voilà comment je vois les choses.

Mon horizon à moi, c’est de t’accompagner dans ta démarche, pour aboutir ensemble là où seul, parfois, on se décourage. Créer les conditions pour que quelque chose s’ouvre et que la lumière, ou l’ombre, puissent passer.

Alors, en route…!

vendredi 12 janvier 2018

Atelier d'écriture Lyon - Séance 8 - Conversations (1)

Mardi 9 janvier. Après un travail sur le lieu, puis le personnage, nous explorons aujourd'hui une autre dimension de l'écriture qui est le dialogue.
Il commencera par une question et une réponse...




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lundi 25 décembre 2017

Stages 1er semestre 2018


 



Pour le premier semestre 2018, je vous propose 2 stages :


Construire et développer mon projet d'écriture – samedi 19 mai 2018

Un projet en attente dans un tiroir ? L'envie et les idées mais une détermination qui s'essouffle...?
Ce stage est un cadre stimulant pour venir confronter son désir d'écrire ou ses projets en cours à la réalité du temps et du travail de l'écriture, avec l'accompagnement d'un intervenant professionnel.
Un temps d'analyse, d'écriture, d'écoute et d'enrichissement mutuel pour repartir avec une feuille de route et des outils pour aller plus loin.
Tarif : 70 €/ la journée (samedi - 10h-17h).
10 participants maximum
Lieu : Association LA MIETE (Maison des Initiatives, de l'Engagement, du Troc et de l'Echange)
150, rue du 4 août 1789 - 69100 Villeurbanne



Stage pluridisciplinaire : écriture et création plastique – samedi 2 et dimanche 3 juin 2018
Avec la participation de  : Cécile Beaupère, plasticienne
Chaque stage pluridisciplinaire est une construction unique, à la croisée des axes de recherche artistique des intervenants. Les diaporamas des stages précédents sont consultables ici et .
Plus d'informations sur le contenu détaillé du stage des 2-3 juin dans les prochains posts.
Tarif : 130 €/ les 2 jours (samedi 14h-18h et dimanche 10h-17h).
10 participants maximum.
Lieu :  Atelier d'artiste de Cécile Beaupère à Voiron

A vos agendas !
Informations et pré-inscription par e-mail auprès de : sylviegier@gmail.com.


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"De si petites ailes" - Ce qu'ils-elles en ont pensé...


"J'ai refermé ton livre depuis deux jours et depuis je suis resté avec cette petite musique singulière, faite de désespérance douce, pas fracassante mais qui de mon point de vue marque de son empreinte d'autant plus. Doublé à un sens certain de l'observation poétique d'un monde, le nôtre, plus énigmatique et confondant que jamais. Merci encore".
Grégory Ponchard, écrivain et éducateur spécialisé (Lyon).


"Vraiment beau".
Régis Le Mer, écrivain et documentaliste (Villeurbanne).


"J'ai bien aimé. Très immersif".
Stéphane Roux, hypnothérapeute (Lyon).


"Comme je le fais toujours lorsque je reçois un manuscrit, j'ai ouvert votre fichier dans l'idée de sentir déjà un petit quelque chose de ce que m'enverrait (ou non) le texte. En fait, je vous ai lue jusqu'au bout, tout de suite, d'une traite. Je suis charmée par votre univers, vos personnages, vos images, vos bruissements, votre écriture, ce je ne sais quoi, enfin. Vous avez un regard, une écoute des choses et des gens, et vous créez des rencontres, ce à quoi je suis particulièrement sensible.
Maryline Martinol, éditrice Editions sur le Fil (La Crau).


"J'ai lu et même relu avec beaucoup d'horreur et d’appréhension le texte "Boîte noire"... J'adore ce texte noir, bien sûr (...) Les poèmes permettent de respirer et aussi des textes tendres comme "King Kong" et "Le fruit du hasard". J'ai aussi aimé, dans ce texte, l'atmosphère de l'île de tes ancêtres (...). Tu as l'art des petits détails..."
Martine Silberstein, écrivain et animatrice d'ateliers d'écriture (Grigny)


"J'ai lu les nouvelles du recueil De si petites ailes de Sylvie Gier, très belles, délicates, poétiques, le plus souvent profondes (...) J'ai eu un coup de coeur pour "Un quart d'heure", suivi d'une frustration. La frustration d'avoir lu deux pages magnifiques et d'être arrêtée net dans ce qui représentait un vrai plaisir de lectrice, un délice. C'est bien sûr le principe de la nouvelle, d'être dense et resserrée, mais pour celle-ci plus qu'aucune autre, j'ai immédiatement lu le texte comme le début d'un roman. J'ai eu envie, presque avec rage, d'être emmenée beaucoup plus loin dans la vie de cette femme. J'ai eu envie de la connaître comme on a parfois envie de connaître une personne assise dans le même café que soi, à une table voisine. Cette personne seule dont on se surprend à imaginer la vie.
Ce quart d'heure pourrait s'élancer vers les heures, les jours, les semaines, les mois, les années, avec le même lyrisme littéraire, j'en suis convaincue."
Corinne Wargnier, écrivain et photographe (Paris)


"J'ai trouvé assez remarquable  "Boîte noire". Un véritable petit thriller, intéressant par l'histoire mais aussi par le style incisif  et la recherche dans le domaine de la joaillerie. Bravo."
Guy Gier, enseignant à la retraite (Metz)





Atelier d'écriture Lyon - Séance 7 - Vers le récit

Mardi 19 décembre. Après avoir construit en groupe un scenario associant plusieurs personnages, chaque participant choisit une scène, une séquence du scénario et en écrit un extrait. 






Groupe 2 (Personnages : Béatrice / Joseph)


Cela faisait vingt ans qu’elle travaillait dans cette boîte, vingt ans que du lundi au vendredi à neuf heures elle pointait puis s’installait devant sa machine, dans l’odeur de la poussière d’un aspirateur qui venait d’être passé. Vingt ans. Il y avait eu un seul mouvement, il y a sept ans. Elle avait changé son itinéraire. Elle arrivait maintenant par le haut, par la rue des petites sœurs. Changement de bus oblige depuis son déménagement en banlieue.

Et depuis sept ans chaque jour quand elle tournait au coin de la rue des petites sœurs, elle voyait  un homme à sa fenêtre, derrière le rideau de son rez-de-chaussée qui regardait le temps passer. Quand elle apparaissait, il  dégageait le rideau de sa main ridée, déformée, et leurs regards se croisaient. Puis il laissait le rideau retomber. Un regard sans joie, sans interrogation. Juste un regard. Donné. Elle lui rendait son regard, sans joie, sans interrogation. Juste un regard. Elle était petite et boulotte, guindée. Il était vieux grand et gros, noir de peau.

Aujourd’hui, c’était la dernière fois qu’elle passerait dans la rue des petites sœurs. Elle avait été virée. Elle le savait depuis deux mois. Depuis deux mois elle ruminait, mais aujourd’hui, plus possible de faire semblant, c’était le dernier jour. Le demain d’hier ne reviendrait pas. C’était fini. Elle avait tenu bon durant ce mois, elle avait fait comme si de rien n’était : rue des petites sœurs, regards, neuf heures, pointage, machine dans l’odeur de l’aspirateur qui venait d’être passé. Mais aujourd’hui elle sentait la douleur qui montait, la rage qui se réveillait. Elle était en train de tout perdre, elle se sentait humiliée. Sa vie sécurisée, sans risque, bien rodée, régulière et sans surprise, construite avec autant de minutie, cette vie, sa vie, se brisait. Ce travail, ce n’était pas grand-chose mais ça lui permettait d’être quelqu’un d’autre qu'une petite ménagère dans une petite maison de banlieue avec son petit mari son petit chien et son fils. 

Aujourd’hui elle était au milieu de l’océan, seule, bientôt engloutie à jamais. Il y avait du vent ce jour-là, et chaque rafale était un courant d’eau glacée qui tourbillonnait autour d’elle. Une rage mêlée de désespoir grondait, bouillonnait à l’intérieur d’elle-même, qui l’empêchait d’être emportée par le frisson qui la parcourait. Elle sentit alors le regard de l'homme derrière son rideau, posé sur elle comme  une bouée à l’horizon. Quelque chose venait de naître, de l’ordre de il y a une chance, il y a un possible, il y a quelque chose. Le rideau du rez-de chaussée était retombé mais son pas avait déjà changé de direction, son pied était déjà descendu du trottoir et elle traversait la route, ses talons frappant fermement le pavé. Elle sonna. Elle attendit. Elle sonna encore. Elle attendit. Elle sonna plus longtemps et plus fort une fois, deux fois, trois fois. Elle attendit. Lui, derrière la porte hésitait, il avait peur. Elle sonna encore et son désespoir qui commençait à l’envahir lui intima d’insister, elle frappa de son poing. Rien. Puis de ses deux poings, de plus en plus fort, elle tambourinait maintenant  à la porte et les larmes ruisselaient sur son visage. Il ne pouvait pas l’abandonner, ce n’était pas possible, quelque chose était né, qui lui avait dit que ce regard était celui de quelqu’un. Derrière la porte il était coi, tétanisé, impuissant. Il était devant un choix presque impossible pour lui, c’était une question de vie ou de mort. Il fallait qu’il choisisse la vie mais la méritait-il ? N’était-il pas préférable de rester dans sa petite mort ? Dans cette solitude dont il n’espérait plus sortir, regardant à longueur de temps le temps qui passe, n’attendant plus rien, même pas ce regard du matin, laissant couler sur lui la vie.  Il perçu  un murmure implorant ... s’il vous plaît… Il ouvrit. 

Elle se calma immédiatement, son regard plongé dans le sien. Ils restèrent ainsi un long moment, indifférents aux cris de la voisine du dessus qui avait ouvert sa fenêtre avec fracas et hurlait sa colère d’avoir été réveillée par le tambourinage. 
Puis elle dit : « Pourrais-je revenir demain ? ». Il hocha la tête.
Doucement elle se détacha, se recula. Doucement il poussa la porte. Elle lui tourna le dos pour s’éloigner et entendit alors la porte se refermer avec une infinie douceur.

Isabelle







Groupe 1 (Personnages : Arthur / Anselme / Louis)


- Entrez !
la porte s'ouvre. Bruit de pas feutrés sur la moquette. Le bateau tangue légèrement.
- Madame, je dépose le plateau sur la table ronde.
Accent d'ailleurs, accent du soleil. Voix rauque et grave, sereine. Curieuse, elle se retourne. Son regard noir la scrute. Peau si claire, qui n'a pas brulé au soleil. Cheveux lisses, soigneusement peignés. Ses yeux sourient à Judith, l'invitent à lâcher prise.
- Merci
Elle se lève, s'approche pour prendre le verre d'eau. Bruissement de la jupe, effluves de sueur et de rhum. Le bateau tangue toujours, à moins que ça ne soit elle ? Geste maladroit de celle qui se sait observée.
Le verre se renverse. Leurs regards se retrouvent. Juste un murmure :
- Détends-toi ma chérie !
Il effleure sa main.
Laëtitia



La mer était déchaînée. Les vagues hautes comme des arbres s’abattaient les unes après les autres contre le bateau, envahissaient le pont d’écume et de sel qui glaçaient la chair et meurtrissaient le sang. Judith était courbée en deux vomissant ses boyaux, de longs filets de bave s’échappant de ses lèvres grandes ouvertes, la chevelure gluante collée au front, respirant avec difficulté entre deux régurgitations. Sa tête prête à éclater semblait se rétrécir simultanément en un nœud de douleur vive.
De sa main gauche, elle s’accrochait tant bien que mal à une rampe installée le long des couloirs des cabines, son corps se balançant tel un cadavre dans un cercueil emporté et secoué par des brutes insensibles. Bien qu’étant en plein jour, l’obscurité la plus noire recouvrait l’eau d’une peau morte prête à se rompre à tout moment. D’un coup le bateau fit une embardée, parut se renverser presque complètement sur son flanc, Judith lâcha la main de la rampe et se cogna violemment la tête contre un pan de mur avant de heurter le sol lourdement.
Elle ignorait combien de temps elle était restée de cette façon, inerte, avant que cette main immense à la paume calleuse lui touche le visage. Dans la bouche, elle avait le goût salé du sang, ayant mordu sa joue droite. Mais c’était surtout la plaie à l’arrière du crâne qui la lançait. Sa vision se troublait alors que Judith essayait de deviner les traits derrière l’immensité de cette main. Stupéfaite, elle aperçut un sourire tout aussi immense depuis lequel brillaient des dents qui contrastaient avec une peau plus sombre encore que la fond de cale du bateau. Judith venait de rencontrer Arthur.  

Grégory






Dans le dortoir où les lits métalliques aux ressorts fatigués des enfants sont disposés, les couvertures entassées ne parviennent pas à infléchir le froid tenace qui s'agrippe à son corps comme le ferait le lierre autour d'un tronc d'arbre. Louis rechigne à bouger ne serait-ce que d'un millimètre, pour ne pas perdre le peu de chaleur conquise auprès de l'étendue glacée. Il grelotte au milieu du souffle régulier de ses camarades. Le gros Bertrand grimace dans son sommeil, sa veste de pyjama déchirée ressemble à des lambeaux de peau, patchwork improbable de couleurs et de tissus rapiécés en des couches fines et élimées. Jacques est de loin le plus effrayant avec ses yeux gris grands ouverts qui du plus profond de ses cauchemars vous observe, à votre insu sans jamais vous lâcher. Parfois la nuit, ses ronflements se confondent avec ses hurlements tant et si bien que l'on ne sait plus trop comment ne pas le réveiller, des enfants quittent leur lit pour lui asséner un coup d'oreiller en plein visage. Et c'est le regard ahuri qu'il vous décoche qui donne envie de rire brusquement si ce n'était pour ses cris. On ne devine qu'à peine le corps de Luc dont la petite enveloppe ne marque pour ainsi dire pas de son empreinte le matelas comme s'il dormait en lévitation, empli de vide, rejetant le trop plein. Il donne l'impression de pouvoir s'envoler tel un ballon à tout moment, un ballon qui finirait par rester coincé tout en haut dans l'un des recoins du plafond.
Louis, depuis quelques longues minutes déjà,  ressent cette envie depuis son bas ventre, le liquide chaud qui s'est accumulé dans sa vessie le fait se dandiner dans son lit. Il se pince l'extrémité du sexe dans l'espoir d'arrêter le flux qu'il sent poindre. Au moment de la toilette, tôt le matin, avec le savon qu'il frotte sur sa peau, Louis tente de s'abriter des regards des autres garçons curieux de ce bout de peau manquant à son prépuce. Bertrand le fixe de ses yeux distraits paraissant chercher quelque chose au-delà de lui mais Luc, n'en perd pas une miette, toujours prêt à lui faire une remarque désobligeante sur la forme de son nez, la richesse supposée de ses parents. A plusieurs reprises, Luc et lui se sont battus, sœur Marie-Thérèse dans ces cas-là ne cherche pas de responsables, son bâton rend la justice avec équité et sévérité. Elle monte son bras droit le plus haut possible au-dessus de sa tête puis redescend avec toute la force dont elle est capable, le bâton dans sa course folle produit un puissant sifflement et au contact de la chair provoque un grand clac qui les fait sursauter et colore d’une mer rougeâtre instantanément leurs fessiers.
Louis hésite à quitter son lit tout juste chaud pour traverser le dortoir frigorifique et son carrelage quasi gelé, les doigts de pied tout recroquevillés, en position fœtale touchent malgré tout le sol.

Au bout du dortoir, il lui faudra encore descendre les deux étages qui mènent jusqu'en bas et puis de là, avancer sur une trentaine de mètres, passer devant les salles de classe, la cuisine et puis la cantine, sans réveiller les sœurs qui dorment au premier, tourner la clé le plus silencieusement possible du verrou de la lourde porte pour enfin sortir. Marcher dans l'épaisse couche de neige qui est tombée dans la nuit jusqu'à cette petite cabane de bois avec son trou où l'on peut se prendre le pied dedans. Ou mieux faire ses besoins directement à l'extérieur, voir le liquide surgir tout fumant jaunir le blanc de la neige, y inscrire son prénom tout en tremblotant. Mais Louis grimace et sourit en même temps, à la fois de soulagement et de honte. Son lit est trempé en plein cœur de la nuit.

Grégory


Anselme - 1er Contact.

Lundi
Il est encore là. Quel étrange bonhomme !
Il m'impressionne. C'est un grand gaillard, bâti comme une armoire à glace, une barbe noire broussailleuse déjà grisonnante, longue et frisée, ainsi que ses cheveux. Ses épais sourcils  masquent à peine un regard brillant telles des agates. Ses traits sombres et burinés témoignent d'une vie au grand air. Sa lourde pelisse et ses rangers ont connu des jours meilleurs.
Je le croise tout les matins en allant au boulot et parfois le soir en rentrant, lui et son inséparable vélo. Et quel vélo ! Une antiquité couinante et crissante, chargée comme une mule d'énormes sacs plastique, eux-même remplis à ras bord d'autres sacs plastiques. Cela ne doit pas bien rapporter comme business. Je me demande bien où il vit… Vue la crasse, cela ne doit pas être bien salubre, à moins qu'il ne vive dans la rue…

Mardi
Ce matin, seul le vélo est au rendez-vous, posé sur une barrière.
Il paraît bien lourd mais son propriétaire est un costaud. Je l'imagine bien en légionnaire, avec le grand tablier de cuir et la machette à la main au milieu d'une jungle dense. Je délire vraiment, là.

Mercredi
Personne ce matin. L'oiseau s'est envolé.

Jeudi
Il est de retour et me demande une cigarette au passage. L'occasion rêvée d'échanger quelques mots sur le temps et les injustices de la vie; je découvre une voix grave et profonde. Le tonnerre gronde non loin, je le devine. Il s'appelle Anselme.

Vendredi soir
Il y a des sacs partout dans la rue piétonne. Le vélo est en vrac à terre.
Que s'est-il passé ici ? J'entends des cris  non loin devant moi, puis je le vois revenir au pas de charge. La colère, la détresse se mêlent sur son visage. En me voyant, il s'écrie : « Les vandales ! Les sauvages ! Vous avez vu ça, monsieur Jean? » 

Sabine


Groupe 3  (Personnages : Emir / Aldo)

Emir
Cela faisait plus de dix jours qu’il était arrivé dans ce trou perdu, à Arlebosc, au fin fond de l’Ardèche. Dix jours sans quasiment arrêter de travailler. Le soleil lui brûlait le visage tandis qu’il envisageait de s’attaquer à la toiture, avant d’y renoncer, temporairement…
Il avait accepté ce chantier parce qu’il lui fallait travailler. Bosniaque, exilé en France suite à la guerre qui dans les années quatre vingt dix avait ravagé son pays, toujours sans papier après toutes ces années en dépit de ses tentatives répétées pour être régularisé, il n’avait pas vraiment le loisir de refuser du boulot quand il se présentait.
Alors, lorsque ce vieux type sympathique rencontré dans un bar de Lyon lui avait proposé cette affaire, ça lui avait semblé être un bon plan : trois mois d’été à retaper une vieille bergerie isolée ; trois mois au vert, au grand air, logé, nourri : le vieux type lui avait apporté de quoi tenir un siège en boîtes de conserve et en fromages de pays. Trois mois loin de l’air pollué, saturé de Lyon, loin des galères de l’administration, de la peur des contrôles inopinés dans le métro, dans le bus, dans le tramway, dans la rue. Trois mois loin de la promiscuité du foyer où il résidait, faute de mieux, en attendant des jours meilleurs, qui forcément viendraient, finiraient par venir, de ça, Emir ne voulait pas douter… Mais aujourd’hui, sous le poids écrasant de la chaleur de juin, et devant l’ampleur de la tâche à accomplir, assis inconfortablement sur une grosse pierre, face à la bâtisse délabrée et désolée, Emir se demande ce qu’il fait là.
Nadia



Aldo
Emir intrigue Aldo qui vient de le quitter après avoir bu une carafe de vin ensemble. Il est tard. Aldo range un peu. La venue d’Emir à la boulangerie lui a réchauffé le cœur. Cet homme un peu sauvage qui le regarde avec constance, qui se confie à peine mais qui sait écouter, les coudes sur la table, les manches retroussées, les cheveux très noirs et presque longs. C’est comme un frère pour lui. Fugace rencontre pourtant.
« Puisqu’il est là pour trois mois, profitons-en, se dit-il, pour échanger nos coordonnées. Cela me changera de mes histoires d’amour sans lendemain avec les femmes…Flûte, j’ai oublié de préparer ma pâte à pain pour demain. Mais d’abord, revenons à Emir, seul dans cette ancienne bergerie toute la semaine. Je tâcherai de passer le voir avant qu’il ne revienne pour tailler une bavette et lui demander s’il n’a besoin de rien. A suivre donc…Pour l’heure, bossons ! »

Jean-Paul

Groupe 4 (personnages : Odile / Nicolas / Agnès / Raoul )

Odile claque la porte d’entrée de son appartement et dévale les quatre étages qui la séparent de la rue à une allure folle. Elle n’a qu’une idée en tête : marcher. Droit devant. Sans aucun but, si ce n’est fuir tous ses souvenirs qui débordent. Marcher vite. Plus vite que ses pensées qui la harcèlent.
La rue est presque déserte. La nuit est tombée depuis longtemps et le froid est mordant. Les enseignes lumineuses défilent dans un ballet étourdissant. Mais elle ne les voit même pas. Elle ne sait pas où elle va. Se perdre complètement. C’est peut-être ça l’objectif. Et ses fichues pensées. Tant de douleur, ça ne peut pas se supporter indéfiniment.
Elle a voulu oser. Cesser de s’enfermer dans cette existence terne. Pour quel résultat ? Découvrir que son mari entretient une poule de 15 ans de moins qu’elle depuis des mois ! Et apprendre ça d’Agnès en plus. Agnès et son charmant mari, son adorable fille, sa jolie maison. Pourquoi s’est-elle prise d’affection pour l’insignifiante Odile ? Par pitié, sans aucun doute. Par ce besoin permanent d’aider. Entre son mari volage et Nicolas, c’est toute sa vie qui vole en éclats. Nicolas… Elle y a cru l’espace d’un instant, mais monsieur a des projets plus ambitieux : le théâtre, Paris, le succès, pourquoi pas. Qu’a-t-elle été, à part un tremplin ? Elle a réussi l’exploit, en quelques semaines à peine, d’envoyer Raoul à sa maîtresse, Nicolas à Paris, et Agnès à sa famille, qu’elle a redécouverte plus parfaite que jamais.
Mais elle, qu’a-t-elle gagné ? Le droit d’élever seule sa fille, d’avouer à sa mère que sa vie part en lambeaux ? Et comment annoncer la nouvelle à Maëlys ? Elle ne supportera pas cette couche supplémentaire de honte.
Odile continue d’avancer, comme dans une autre dimension. Elle ne sent même pas le froid qui torture ses mains, ses oreilles, qu’elle n’a pas eu le temps de couvrir. Elle a envie de frapper, de tordre, de déchirer, de hurler, mais rien ne sort que cette marche à un rythme effréné et ses pensées qui galopent.
C’est alors que son regard est attiré par une enseigne plus lumineuse que les autres. Elle reconnaît le cabinet d’esthétique où elle a rencontré Agnès pour la première fois. Elle regarde ses mains, rouges de froid, aux ongles presque intacts. Au moins cette histoire a-t-elle fait 10 heureux, qui ne craignent plus les coups de dents de leur propriétaire. Prostrée devant la vitrine, le cours de ses pensées devient soudain confus. C’est alors qu’elle remarque le petit papier à carreaux collé contre la vitrine. Ce n’est qu’après avoir admiré la rondeur joviale des lettres qu’elle déchiffre le texte : « Maman solo, en pleine quête d’un avenir radieux, cherche colocataire avec enfant(s) pour partage de loyer et de bons sentiments. » Odile se demande alors : et s’il n’y avait finalement pas de hasard ?

Aurélie





Atelier d'écriture Lyon - Séance 6 - Du personnage au scénario

Mardi 5 décembre. Après avoir dégagé des liens entre les personnages, chaque groupe construit collectivement un scénario.

Lecture en partage : lecture d'un document préparatoire, la fiche personnage de Lenny (personnage principal de la nouvelle "King-Kong", qui fait partie du recueil De si petites ailes), puis lecture des premières pages de la nouvelle construite à partir du personnage.







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lundi 27 novembre 2017

Atelier d'écriture Lyon - Séance 5 - Construire des possibles

Mardi 21 novembre. La nuit est déjà dense, à l'extérieur. Dans la salle C, nous retrouvons les personnages ébauchés à la dernière séance. A côté, un pot est organisé : les cris et les rires s'élèvent, dans un brouhaha continu. Puis enfin, tout s'apaise. Nous nous répartissons en groupe pour associer des personnages, dégager des liens possibles, des croisements pour aller vers la structuration du récit.





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Atelier d'écriture Lyon - Séance 4 - La fabrique du personnage

Mardi 7 novembre. Après un premier cycle de travail sur le lieu, réel, observable mais aussi imaginaire, nous allons explorer un autre point de départ possible du récit, du texte, de l'imaginaire : le personnage. Cette première séance est consacrée à la "fabrication" concrète du personnage : état-civil, aspect physique, émotions, caractéristiques spécifiques..., à partir d'une fiche-personnage.

Lectures en partage : extraits de Le Grand Cahier (Agota Kristof) et Madame Bovary (Gustave Flaubert).













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